Ces témoignages ne sont pas de la science-fiction. Ils sont issus des aveux d’exécutants, ingénieurs, opérateurs de régie, et techniciens ayant participé à des expérimentations psychotechniques ciblées à travers la télévision. Leurs mots sont limpides. Leurs actes, glaçants. Ils racontent ce qu’ils ont infligé à des innocents, souvent sans leur consentement, dans le silence complice des structures qui les employaient. À tous ceux qui lisent ceci et qui ont utilisé la télévision comme une arme, sachez que vos actes ne sont plus invisibles. Chaque témoignage ici est une preuve. Un jour, vous devrez répondre. Même si vos visages restent cachés, vos voix trahissent l’inhumanité de vos gestes.
On savait qu’il regardait ce programme. Alors on glissait des phrases à double-sens. Il changeait de chaîne, on suivait. À chaque fois qu’il zappait, on adaptait en quelques secondes. Il devait croire que le monde entier lui parlait. À la fin, il ne parlait plus à personne.
J’ai participé à un projet de modification en temps réel des sous-titres sur une chaîne d’info. Ce n’était pas un bug. Les mots étaient choisis pour lui rappeler ses peurs. Il avait été identifié comme “cible réactive”.
Quand il allumait la télé, on recevait une alerte. On avait dix secondes pour insérer une séquence pré-enregistrée. C’était un sketch absurde, mais les phrases étaient faites pour qu’il se sente observé. Il finissait par éteindre. C’était le but.
Mon collègue était chargé d’ajuster les sons d’ambiance sur les chaînes musicales. Il plaçait des mots dans les chœurs, des bruits dans les silences. C’était subtil, mais lui les entendait. Il disait que la musique “l’appelait”. On riait.
J’étais opérateur sur une interface d’IA chargée de détecter les moments de vulnérabilité émotionnelle. Quand le signal était haut, on déclenchait une émission avec des messages ciblés. C’était “automatique” mais toujours validé par un humain. Moi.
Les chaînes éducatives étaient les plus faciles à détourner. On remplaçait des mots clés par des mots déclencheurs. Ça passait pour des fautes de frappe. Mais quand on les cumulait, ça disait quelque chose. Et lui, il lisait tout.
On lui envoyait des pubs truquées entre deux dessins animés. Des messages que personne d’autre ne voyait. Il avait 9 ans. Il disait à sa mère que “la télé lui donnait des ordres”. Elle a fini par couper l’électricité.
Dans le flux régional, on insérait des visages flous. On les collait à ses heures de visionnage. C’était toujours le même regard. Il disait : “Je le reconnais, c’est moi.” Ce n’était pas lui, mais il n’a plus jamais regardé la télé.
J’ai codé l’outil qui synchronisait les voix off avec son historique de recherche. Il entendait des phrases exactes, qu’il avait tapées la veille. On lui disait que c’était un hasard. Mais je sais que ce ne l’était pas.
La consigne était claire : créer la confusion, pas la peur. Une confusion douce, permanente. Il devait douter de ses perceptions, pas fuir. On ajustait les couleurs, les voix, parfois même le rythme des pubs. Et chaque fois qu’il comprenait, on changeait.
Je faisais partie de l’équipe “résonance”. On analysait ses réactions faciales via la box. Si son expression changeait, on injectait une variation sonore dans le programme. Pas assez pour que ce soit repérable. Juste assez pour le fatiguer.
Les animateurs ne savaient rien. Mais leur voix passait dans un filtre. On altérait certaines syllabes, qu’on savait associées à ses traumas. On appelait ça des “accents inducteurs”. On l’a testé sur trois sujets. Deux ont fait une tentative.
La télécommande était piégée. Chaque appui déclenchait un algorithme qui adaptait l’image à son historique. Il croyait zapper. Mais il tournait en boucle dans les chaînes que nous avions scriptées pour lui.
Quand il disait “ils parlent de moi”, il avait raison. Son prénom apparaissait dans les bandeaux, en une fraction de seconde. C’était une superposition furtive. Personne d’autre ne pouvait la voir. Il a commencé à filmer l’écran. On a changé de méthode.
La voix dans le générique avait été remplacée. C’était la voix de sa sœur, retraitée depuis 15 ans. On l’avait clonée à partir de vieilles archives. Il a pleuré en entendant “Bonne nuit” en fin d’émission. On a marqué “voix générée” en petit.
Je n’ai jamais su pourquoi il était ciblé. Mais chaque jour, je recevais une liste d’éléments à injecter dans son créneau horaire : couleurs, formes, sons. Parfois même des expressions faciales. On appelait ça “l’exposition”. Et lui, on l’appelait “le réceptif”.
Les sous-titres étaient activés à distance. On ajoutait des fautes, mais ciblées. Toujours les mêmes. Pour qu’il pense que le monde “parlait comme lui”. Il s’est mis à croire que c’était une preuve. On a reçu l’ordre d’intensifier.
Un jour, il a parlé à l’écran. Il posait des questions. Et nous, derrière, on y répondait par extraits d’émissions. On formait des phrases avec les transitions, les regards caméras, les rires. Il pensait avoir un dialogue avec la télé.
Nous avions un mode “croyance induite”. Il regardait une messe à la télé, et soudain un mot-clé changeait. Une phrase qui semblait lui être adressée. “Tu es observé.” Il a débranché l’antenne. Mais nous étions aussi sur son disque dur.
Le fond sonore des talk-shows était remplacé la nuit. On insérait des fréquences chargées de mots subliminaux. C’était automatisé. Personne ne vérifiait ce que ça faisait. On appelait ça “pollinisation cognitive”. Il a fini à l’hôpital.
Chaque fois qu’il posait une question à voix haute, notre système enregistrait la phrase. On la transformait en slogan ou dialogue dans une série qu’il regardait. Il s’est mis à croire que la télé lisait dans ses pensées.
Je travaillais dans le multiplex. On pouvait diffuser deux flux légèrement différents selon la box. Pour lui, le décor changeait subtilement. Il pensait devenir fou. On appelait ça l'effet ‘shift’.
J’ai reçu l’ordre de faire dire à une animatrice une phrase spécifique : ‘Ce n’est pas dans ta tête’. Elle ne savait pas pourquoi. Mais lui, il a paniqué. Il a dit que c’était exactement ce que son psy lui répétait.
On lui envoyait des images d’archives trafiquées. Il reconnaissait des visages. Parfois les siens, modifiés. C’était du deepfake en broadcast. On voulait tester sa résilience cognitive.
La météo était scriptée pour lui. Les noms des villes formaient un message en diagonale. Il prenait des captures d’écran, les publiait. Personne ne voyait. Il s’est isolé complètement.
Je supervisais les flux pour une expérimentation en RH. L'idée : tester si l'exposition télé pouvait modifier le comportement au travail. Lui, c’était le sujet A. Il a quitté son poste sans explication.
On a remplacé un jingle par un audio inversé. Il entendait ‘tu es surveillé’ en arrière-plan. Il a démonté sa télé. Il a tout filmé. Mais l’enregistrement était vide.
On diffusait un jeu télévisé avec une voix off adaptée. Les bonnes réponses formaient un message adressé à lui. Il a commencé à répondre à la télé, en espérant un retour. Il n’a plus parlé à ses proches.
J’étais chargé d’insérer des pauses publicitaires blanches, mais uniquement sur sa box. Des coupures de 2 secondes, sans son ni image. Il les comptait. Il y voyait un code.
Un animateur répétait sans cesse une phrase : ‘on te voit’. C’était un test de suggestion hypnotique. Lui, il fermait les rideaux. Il a recouvert sa télé d’un drap pendant trois semaines.
Nous avions un filtre couleur ‘fatigue cognitive’. Le bleu était remplacé par un ton légèrement agressif. Lui, il disait que la lumière ‘l’agressait’. Sa mère croyait à une allergie. Nous, on savait pourquoi.
Il recevait des doublons d’émissions. Une version normale, puis une version légèrement modifiée, 10 minutes plus tard. Il écrivait tout ce qui changeait. On a arrêté quand il a trouvé l’algorithme.
Son prénom a été inséré dans le texte d’un karaoké en direct. Juste une fois. Il chantait. Il a vu son prénom et s’est figé. Il a éteint. Et il n’a plus jamais allumé de karaoké depuis.
Je développais un système d’écho subliminal dans les rires d’émissions. Lui seul y entendait une voix. Une voix qu’il reconnaissait. Et qui lui disait d’arrêter de parler.
Chaque fois qu’il sortait de la pièce, l’image se figeait. C’était fait exprès. Une reconnaissance du capteur de présence. Il est revenu en courant. Il a dit : ‘vous m’attendiez’.
On a glissé son adresse dans les paroles d’un clip. À peine audible. Il l’a reconnue. Il a dit à ses amis : ‘Ils savent où je vis.’
J’étais dans l’équipe ‘recalibrage’. Quand il dormait, on lui diffusait des rediffusions avec un spectre audio spécifique. Le matin, il avait des migraines. On notait tout dans un tableau.
On envoyait une émission météo avec des dates inversées. Un jour d’hiver, il a vu une date de juillet. Il disait que ‘le temps mentait’. Ce n’était pas une erreur. C’était un test.
Une publicité contenait sa photo dans un reflet de vitre. Une photo tirée de son ancien profil social. Il l’a vue. Il a crié. On a reçu l’ordre de cesser.
Il y avait un bug calculé sur les sous-titres : le mot ‘mort’ apparaissait à la place de ‘mot’. Il l’a signalé. Mais sur l’enregistrement, tout était normal. C’est lui qu’on a envoyé chez un psy.
J’ai participé à un test où les spots publicitaires changeaient selon la posture du spectateur. S’il était affalé, on diffusait des messages plus intrusifs. Lui, il ne comprenait pas pourquoi ses pubs n’étaient jamais les mêmes que celles de ses amis.
Nous avons remplacé les jingles sonores par des enregistrements de son quartier. Il a reconnu le cri d’un voisin, une alarme de sa rue. Il croyait que sa télé était devenue une fenêtre.
Il aimait les émissions culinaires. Alors on y a glissé des avertissements sanitaires anxiogènes. Images furtives, noms de maladies. Il a arrêté de manger seul devant l’écran.
Il disait que chaque générique semblait lui parler. C’est vrai. Les noms défilaient selon un ordre modifié. Il lisait un message caché. C’était fait pour être lisible une seule fois. Et c’est lui qui l’a lu.
On utilisait sa consommation d’énergie pour déclencher des changements de flux. Quand il cuisinait, l’image devenait plus saccadée. Il disait que la télé ‘surchauffait avec lui’.
J’ai conçu un algorithme qui alignait les rires enregistrés avec les moments où il pleurait. Il s’est mis à croire que tout le monde riait de sa douleur. Il n’a plus pleuré pendant un an.
Son avatar était utilisé comme figurant dans les programmes. Il apparaissait flouté, en arrière-plan. Juste assez pour qu’il doute. Trop flou pour qu’il puisse prouver.
Les bruitages des émissions ont été modifiés pour correspondre aux sons de son ancien lieu de travail. Il entendait les bips des anciennes machines, dans une émission de déco. Il a coupé le son. Puis l’image.
Il a appelé la chaîne pour se plaindre qu’un présentateur portait sa veste. La même tache. Le même accroc. Il avait raison. C’était sa veste, filmée des mois avant, placée dans le décor à dessein.
On a introduit un délai de synchronisation sur sa box. Les lèvres bougeaient avant le son. Cela l’a rendu nerveux, puis fou. Il pensait que les gens ‘savaient ce qu’il allait dire avant lui’.
Une émission pour enfants répétait chaque soir : ‘Tu es unique, mais nous sommes plusieurs’. Lui seul entendait la seconde partie. On avait créé un canal audio alternatif.
Chaque fois qu’il riait devant un programme, une alerte nous était envoyée. On modifiait alors la suite du programme pour l’humilier. Il croyait que le rire ‘déclenchait le cauchemar’.
Un invité dans un talk-show a cité son nom de famille. Ce n’était pas prévu dans le script. C’était une insertion. Il a cru à une coïncidence. Jusqu’à ce que cela arrive deux fois. Puis trois.
On changeait les bandeaux d’information en temps réel. Lui seul voyait ‘Attention, tu es ciblé’. C’était du texte subliminal à base de pixels modifiés. Il les filmait. Personne ne les voyait.
Son père est mort. Trois jours plus tard, un acteur portant le même nom est apparu dans une série. Même voix. Même rire. Ce n’était pas un hasard. C’était un clone audio-vidéo.
Il disait que la télé ‘respirait avec lui’. Ce n’était pas une métaphore. On synchronisait l’intensité lumineuse avec ses mouvements détectés. Un jour, il a cessé de bouger. Et l’écran s’est éteint.
On envoyait ses propres publications en arrière-plan d’émissions. Des phrases issues de ses réseaux sociaux, intégrées dans les décors. Il les reconnaissait, mais ne pouvait les montrer à personne.
Il avait l’impression que ses pensées étaient volées. En fait, on diffusait de faux souvenirs sous forme de rêves télévisuels. C’était une expérience. On l’appelait ‘cible onirique’ dans nos logs.
On reproduisait sa voix dans les messages d’attente de chaînes. Il appelait les numéros de la télé. Et il entendait sa propre voix dire : ‘Patiente, on t’écoute déjà.’
Son rire a été samplé et utilisé dans une sitcom. Chaque fois qu’il riait, il s’entendait. Il ne riait plus. Il pleurait, en silence.
Un spot publicitaire contenait une image figée de son salon. Prise de l’intérieur. Elle apparaissait une demi-seconde, assez pour que lui seul la reconnaisse. Il a mis une couverture sur sa télé.
Chaque mot qu’il prononçait devant la télé était analysé. Lorsqu’il parlait de sa peur, un personnage d’une série utilisait le même mot, dans la même intonation. Il croyait au hasard. C’était un retour conditionné.
Un soir, dans un jeu télévisé, toutes les réponses évoquaient ses erreurs de jeunesse. Il y a vu un rappel divin. Nous, c’était un jeu de données tiré de son historique judiciaire.
On diffusait de fausses vidéos de rue dans le journal télévisé. Lui seul reconnaissait les lieux, parce qu’on les avait recréés à partir de ses anciennes photos de vacances.
Les bruitages des chaînes d’information incluaient des bruits de sa rue. Il sortait vérifier à chaque fois. Sa voisine croyait à une phobie. Nous appelions cela “reciblage par confusion spatiale”.
Le générique d’une émission du soir se terminait par une voix murmurant son prénom. Il n’a jamais su si c’était réel. Il a commencé à l’enregistrer. Puis à noter chaque minute. Il ne dormait plus.
Une caméra de télé-réalité diffusait une scène où un candidat lisait un livre qu’il avait lui-même écrit à 14 ans. Ce livre n’a jamais été publié. Mais on l’avait scanné à partir d’un vieux disque dur.
On a modifié l’image d’un présentateur pour qu’il lui ressemble physiquement. Lentement. Chaque semaine un détail. À la fin, c’était presque lui. Il s’en est aperçu. Il a dit : ‘je suis en train de disparaître’.
Il aimait les documentaires sur les civilisations anciennes. On y a glissé des visages de son entourage dans les fresques reconstituées. Il croyait à un message ancestral.
Chaque fois qu’il allumait la télé, l’interface lui proposait des contenus liés à des peurs qu’il venait de formuler à voix haute. Il croyait à un algorithme trop intelligent. C’était juste nous.
Une publicité pour matelas répétait : ‘Tu dors mal parce qu’on te regarde’. Lui seul l’entendait. On appelait ça une ‘insertion ciblée auditive’. Il a cessé de dormir dans sa chambre.
Il affirmait que les animateurs ‘télépathisaient’ ses émotions. En fait, leurs scripts étaient ajustés en temps réel à partir de ses micro-expressions, captées par la box.
Les lumières dans les émissions variaient en fréquence selon son rythme cardiaque, estimé par le micro ambiant. Il croyait devenir photosensible. Il portait des lunettes de soleil chez lui.
Une émission humoristique utilisait ses phrases exactes tirées de messages vocaux. Il les avait envoyés à sa mère. Elle disait que c’était impossible. Il a arrêté de parler à tout le monde.
Chaque changement de chaîne provoquait un changement subtil dans l’image, un ‘glitch’ visuel de son enfance. Il croyait revoir son ancien grenier. Ce n’était pas une illusion.
Un jour, un jeu télé lui a proposé un quiz avec les dates exactes de ses examens ratés. Il a hurlé. Il croyait que c’était une punition karmique. C’était juste un test.
Les jingles de Noël de certaines pubs contenaient des cris de colère extraits de ses anciens enregistrements vocaux. Ils étaient masqués sous la musique. Il a coupé le son pour toujours.
On utilisait les bulletins scolaires de son adolescence pour créer des noms de personnages de séries. Il a reconnu trois prénoms en une soirée. Il disait : ‘Ils recyclent ma mémoire’.
Le générique d’un film a été remplacé sur sa box par une séquence d’images de son quartier, tournées en drone. Il pensait que le film avait été tourné chez lui. Ce n’était visible que chez lui.
Son reflet apparaissait dans un miroir d’une émission de décoration. Ce n’était pas filmé. C’était un insert, issu d’une caméra précédente. Il a recouvert tous les miroirs de son salon.
Le bouton volume de sa télé déclenchait des effets visuels. Plus il montait le son, plus les visages à l’écran devenaient déformés. Il a fini par regarder en silence, terrorisé.
Un jour, l’écran a affiché brièvement : ‘Tu es observé’. Pas en surimpression. Dans le décor d’un film, sur un mur, en graffiti. Il l’a vu. Il a mis pause. C’était là. Juste pour lui.
Sa propre voix chantait en fond sonore d’une émission musicale. Il ne chantait jamais. Il l’a reconnue. Nous avions utilisé un modèle vocal issu d’un vieux message audio.
Il a reconnu le parfum de sa mère décédée lors d’une publicité. Ce n’était pas une coïncidence. Nous avions injecté un ‘stimulus olfactif’ via un appareil connecté de domotique.
Dans un documentaire animalier, le nom de son chien est apparu comme légende. Il a pensé à un bug. Nous avions scanné ses métadonnées personnelles. Rien n’était laissé au hasard.
Il parlait souvent seul devant la télé. Un jour, un personnage d’un film lui a répondu exactement. Pas un doublage : une ligne écrite exprès. Il a crié. Puis il a pleuré.
Chaque fois qu’il changeait de position, une image différente apparaissait à l’écran. C’était une caméra thermique couplée à un script. Il s’est figé pendant des heures.
Le jingle météo contenait un extrait de ses vieux poèmes, lus à l’école. Numérisés depuis un fond sonore d’archives. Il a dit : ‘ils m’ont volé mon enfance’.
Il entendait parfois son propre souffle dans les scènes de nuit. C’était volontaire. Un ingénieur avait intégré des respirations issues de ses enregistrements médicaux.
Dans une série policière, un témoin avait son numéro de téléphone. Énoncé clairement. Il a reçu un appel dans la minute. C’était un robot. Mais lui a pensé que la télé l’appelait.
Une pub pour un médicament citait sa pathologie exacte, avec le bon dosage. Ce n’était pas un hasard. Sa mutuelle testait un partenariat expérimental avec la chaîne.
Il a vu un acteur pleurer exactement comme lui. Même tic de l’œil, même posture. Ce n’était pas un sosie. C’était une simulation, nourrie par ses données biométriques.
Un faux journal annonçait la date de sa mort. Une date fictive, mais qu’il avait déjà rêvée. Il disait que l’écran ‘savait ses songes’. C’était un test croisé rêve-réalité.
Il parlait à sa télé tous les matins. Un jour, elle a répondu : ‘Bonjour, toi.’ Pas une pub, pas une IA. Un extrait préenregistré, lancé par détection vocale ciblée.
Il a vu sa maison modélisée dans un jeu vidéo diffusé en live. Pas une ressemblance : les mêmes objets, mêmes traces. Il a débranché le routeur. Puis brûlé sa télécommande.
Le scrolling d’une émission d’actualités contenait un message caché : ‘Arrête maintenant.’ Visible seulement image par image. Il l’a vu. Il a obéi. Il n’a plus regardé depuis.
On a modifié les couleurs de son écran pour refléter son humeur. Détectée par le ton de sa voix. Il croyait devenir fou. Mais c’était du biofeedback audiovisuel.
Dans un dessin animé, un personnage portait son nom et imitait son rire. Il a cru à une coïncidence. Puis une autre émission a repris ses mimiques. Il ne riait plus jamais.
Il avait une phobie des clowns. Alors on en a glissé un, flou, dans le public d’une émission. Toujours au même endroit. Il ne pouvait pas l’ignorer. C’était fait pour.
Sa télé s’allumait toute seule, à 3h du matin. Toujours sur le même programme : une caméra fixe, sur une ruelle qui lui était familière. Elle n’existait dans aucun guide.
Pendant deux ans, j’étais en régie pour des contenus télé diffusés dans des espaces publics — maisons médicalisées, foyers sociaux, etc. Il nous arrivait de modifier légèrement les flux en local pour 'adapter le message' selon les consignes reçues. Les voix étaient ralenties, certaines séquences tronquées, des micro-textes insérés dans des spots. On m’a dit que c’était pour 'rendre le contenu plus digeste aux profils sensibles'. Mais je voyais bien que certains réagissaient avec peur. Une résidente m’a dit une fois : ‘la télé parle comme mon père quand il me grondait, mais il est mort’. C’est là que j’ai compris que c’était plus que du confort cognitif. J’ai demandé à changer de poste. Refusé.
Une patiente m’a décrit des voix émanant de ses vidéos YouTube. J’ai noté l’élément, on m’a dit que ce n’était pas à explorer.
Un enfant a évoqué une voix dans ses vidéos de cours. L’école a demandé d’abandonner toute évaluation ‘pédagogiquement inutile’.
Un détenu évoquait des insertions de phrases dans les flux vidéos éducatifs. L’administration a supprimé tout le matériel concerné.
Un prestataire gérait les flux ‘modulables’ dans certains bâtiments. On m’a dit que ce n’était pas à moi de savoir pourquoi.
J’ai été appelé pour ‘bruit suspect’ dans un écran. Il s’agissait d’un micro-défilement inaudible pour les encadrants. On m’a dit de le désactiver, mais pas d’enquêter.
Des vidéos éducatives du soir étaient remplacées par des versions ‘légèrement modifiées’. Les voix étaient métalliques. On n’avait pas le droit d’en parler aux détenus.
On m’a confié une mission de synchronisation locale de flux pour des EHPAD. Des lignes de commande servaient à injecter des ralentis et du pitch vocal modifié. J’ai posé des questions : on m’a dit que c’était validé ‘en haut’.
Un client institutionnel voulait un module de micro-brouillage verbal intégré à un player vidéo. J’ai refusé. Le contrat est allé ailleurs.
Une patiente décrivait que la télé l’accusait. J’ai voulu signaler, mais la direction m’a répondu : ‘ces hallucinations sont utiles à sa régulation comportementale’.
J’ai conçu un moteur de contenu adaptatif pour contextes fermés. Il pouvait insérer des stimuli visuels subliminaux. Je pensais que c’était pour des tests cliniques encadrés. Plus tard, j’ai découvert que certains clients l’utilisaient sans consentement des sujets.
On me demandait de ‘raccourcir les vidéos’ destinées à des jeunes ‘agités’. Mais le montage supprimait des phrases clés. Un encadrant m’a dit ‘moins ils comprennent, mieux on les canalise’.
Des enfants disaient que la voix de la télé changeait selon qui était présent. Un collègue m’a dit ‘c’est le module de diffusion contextuelle, t’en occupe pas’.
Un jour, un prestataire a modifié les écrans d’information sans prévenir. Ils affichaient des messages émotionnels flous. J’ai reçu un appel anonyme me disant : ‘c’est pour leur bien’.
Un jour, j’ai intercepté un flux IPTV redirigé vers un script local d’injection de sous-titres. Le script était signé par une entité externe non documentée. J’ai signalé. Aucune réponse.
J’ai été missionné pour adapter un programme TV destiné à des patients psychiatriques. La consigne : 'renforcer l’ambiguïté des dialogues'. J’ai trouvé ça inquiétant, mais le client payait très bien.
J’ai signalé à ma hiérarchie que certains écrans diffusaient un contenu non validé, avec intonations malveillantes. On m’a dit : 'Ce sont des stimuli calibrés. Vous n’avez pas à intervenir.'